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PROJET LANGUE VIVANTE ETRANGERE ET INTERCULTURALITE

2009-2019 : retour sur 10 années de rencontres plurielles !

Quand les étudiants et formatrices pédagogiques repoussent les frontières de l’école pour co-penser, co-développer et co-expérimenter l’apprentissage du vivre ensemble en contexte interculturel « hors les murs ».

  • Émergence de la démarche projet
  • Co-construction co-expertise étudiants-formatrices
  • Vivre l’interculturalité dans le groupe et « hors les murs »
  • Développement du « pouvoir d’agir » pour un vivre ensemble
  • Effets dans la pratique professionnelle

Émergence de la démarche projet LVE (Langue Vivante Étrangère) et interculturalité

En 2009, le DECESF connait une réforme et à ce titre introduit le module LVE (Langues Vivantes Etrangères). Le choix pédagogique des formatrices de la filière apparait comme une évidence.

Du parcours identitaire personnel à l’intervention sociale et à la formation des étudiants en travail social.
Issue pour l’une de l’immigration maghrébine, pour l’autre de la diaspora antillaise par leurs parents respectifs, l’engagement dans le travail social puis dans la formation, s’origine pour partie de ce mouvement identitaire dans un contexte de la décolonisation française. L’expérience de vie au sein d’un territoire républicain qui promeut l’égalité pour tous participe pour chacune de leur engagement dans cette France plurielle à défendre le « vivre ensemble » selon les valeurs rousseauistes du siècle des Lumières et à s’engager dans le travail social puis dans la transmission de ces valeurs dans la formation des étudiants. C’est aussi l’histoire d’une rencontre plurielle qui conduira dans un intérêt commun fort et d’une volonté d’ouvrir la formation des étudiants à une approche interculturelle « hors les murs ».
De plus, l’évolution des trajectoires personnelles et professionnelles des étudiants impose d’emblée de questionner la rencontre « avec l’autre qui n’est pas nous » notamment au regard des diversités culturelles que composent désormais les configurations des promotions des étudiants. En outre, l’un des enjeux est de sortir du contexte institutionnel d’accueil pour découvrir l’autre et se trouver en situation d’être accueilli en tant qu’étranger.

LE MODULE LVE UNE CO-CONSTRUCTION ET UNE CO-EXPERTISE ETUDIANTS-FORMATRICES pédagogiques

En s’appuyant sur les acquis et les compétences développées lors de leur formation en BTS ESF en méthodologie de projet, il s’agit de compléter cette expertise technique et scientifique par une expertise sociale en contexte interculturel.
Ainsi, ce projet dans un contexte de professionnalisation s’inscrit dans cette volonté de les former à devenir un professionnel soucieux du « vivre ensemble ». Il s’agit alors, pour les étudiants d’opérer une phase préparatoire afin de comprendre la dynamique et la place du travail social dans le pays de destination, la professionnalisation des agents du secteur, l’organisation de la régulation sociale du pays ainsi que des moyens de lutte face aux problématiques actuelles.
A leur entrée en formation, les étudiants sont accueillis par les sortants qui ayant conduit et expérimenté ce module transmettent leurs apprentissages expérientiels en situation de pédagogie des adultes. C’est à partir de ce partage d’expériences qu’est impulsée la démarche de projet avec la nouvelle promotion entrante.

Vivre le projet, l’apprentissage par l’expérience : la reconnaissance du savoir expérientiel au-delà du savoir académique

Le projet est porté par le groupe dès sa 1ère phase, du diagnostic à sa restitution. Il est organisé selon des modalités et des actions qui définissent les rôles de chacun étudiants comme formateurs.
Durant le processus de mise en œuvre, sont développées au-delà des compétences méthodologiques, des compétences de médiation, de négociation, de communication dans un contexte de travail de groupe. A cette occasion, le collectif est mis à l’épreuve dans ses fonctions de production, de facilitation et de régulation dans le processus à l’œuvre dans le cadre de cette démarche projet.
Après avoir travaillé ensemble le contenu (connaissance – théories et politiques sociales et préparation de l’approche empirique), il s’agit pour le groupe de s’organiser en sous-groupes, responsables chacun d’un objectif du projet : collecte de fonds (modalités opératoires de cette collecte – vente de gâteaux, ateliers divers pouvant générer des financements), prise de contact avec les acteurs terrain et planification des rencontres, restitution (modalités de tenue de carnets de bord collectifs et individuels).

Vivre l’interculturalité dans le groupe et « hors les murs »

A l’origine, le projet, visait principalement, le questionnement sur l’interculturalité, hors les frontières du point de vue de l’autre perçu comme étranger. Avec le temps, les expériences, et les évolutions des trajectoires personnelles et professionnelles des étudiants, il apparait nécessaire de repenser et de redéfinir les objectifs pédagogiques et professionnels du module pour croiser l’interculturalité à différents niveaux : « avec l’autre qui n’est pas nous » et également, avec l’autre qui est dans mon groupe de formation et qui n’est pas moi.
Interroger donc, le rapport à l’altérité à partir d’une expérience de l’éprouvé où le groupe ne constitue plus seulement une somme d’individus, mais dans cet espace différent, il devient un espace contenant pour questionner les différences, voire les chocs culturels (selon une grille d’analyse de Margalit Cohen-Emrique) subis dans ce contexte de formation « hors les murs ». C’est, en effet, dépasser la logique d’un regard porté sur l’étranger et son « inquiétante étrangeté » (Freud. 2001) tantôt empreint d’une fascination placée sous le registre de l’exotisme, tantôt obscurci par nos anxiétés qui ne peuvent être nommées ni élaborée (Courtine. 2017), mais qui ne nous laisse jamais indifférents.
Avec le support du module transversal « Relations interculturelles et travail social » ASS-CESF et la démarche interculturelle transmise à cette occasion (travaux de Margalit Cohen-Emrique), les étudiants, font l’expérience, de la confrontation de se vivre étranger en terre inconnue (souvent) et d’avoir à rencontrer l’Autre sur son territoire pour questionner le travail social. Force est de constater la répétition des mouvements sociaux et psychiques dans ce déplacement « hors les murs » :

  • Sortir de sa routine sociale, familiale, de territoire, avec son groupe de pairs pour vivre une semaine durant ensemble
  • Aller rencontrer les acteurs, toujours bienveillants, et qui cependant, questionnent les étudiants sur la place des travailleurs sociaux (pas de recherche menée en leur nom, toujours pour l’institution par exemple et via l’encadrement)
  • S’autoriser à questionner la population sur le traitement des problématiques sociales et être, à son tour questionné sur les modalités de prise en compte de celles-ci par l’État français
  • Être regardé, parce que la couleur de peau est différente, les vêtements également et que ces différences constituent peut-être pour les habitants croisés au détour des rues une « inquiétante étrangeté »…

Développement du « pouvoir d’agir » pour un vivre ensemble ?

Ces 10 années d’expériences d’une pédagogie alternative, créative portée sur l’apprentissage expérientiel et par l’expérience de la vie groupale, dans un contexte incertain, inconnu, en découverte pour les étudiants, amènent les formatrices à penser et constater que ces modalités et actions de formation «hors les murs » peuvent favoriser le développement de stratégies, de compétences du pouvoir d’agir individuelles et collectives.
En effet, les étudiants démontrent d’autres ressources d’adaptation dans ce contexte nouveau, dépassent bien souvent des difficultés repérées en formation pour donner à voir en individuel et en collectif de nouvelles possibilités d’action.
C’est une redécouverte d’abord de soi puis du groupe, d’une redéfinition d’une dynamique du groupe avec un avant et un après projet, le retour en formation se fait par une renégociation des places et rôles de chacun dans ce processus collectif.
Les interactions impulsées en cours de formation et installées dans la promotion se rejouent différemment, faisant suite à une découverte de l’autre et de sois à travers l’autre. Un cheminement compréhensif, attentif s’opère chez les étudiants permettant le renforcement des valeurs abordées à l’entrée en formation la cohésion, l’entraide, le respect… S’opérant dans une démarche de professionnalisation, au-delà de la dimension « empowermentale »[1] et parce qu’elle s’inscrit dans un but commun de professionnalisation, le processus vécu et engageant le groupe mobilise « l’acte pouvoir » (Mendel 2002) de chaque étudiant à prendre part, en acte, pour son effectivité à la démarche projet collective.
Il ne s’agit pas seulement de prendre part à un processus de changement social en vue de l’autonomisation de personnes au sein d’un groupe, mais également d’entreprendre une action de formation dans un processus d’autoformation accompagnée et visant l’évolution des futurs travailleurs sociaux dans leur rapport à l’autre.

Effets dans la pratique professionnelle

Aujourd’hui nous souhaiterions mettre en œuvre une démarche d’évaluation auprès des anciens étudiants, professionnels en exercice, ayant vécu l’expérience de formation, 3-4 ans après l’arrivée dans le champ professionnel.
Cette démarche d’évaluation aurait pour but de relever les éventuels effets d’une expérience interculturelle « hors les murs » dans leur pratique actuelle.

La démarche de formation vécue a-t-elle un impact sur leur pratique professionnelle et plus spécifiquement dans l’accueil/l’accompagnement des publics migrants au regard des enjeux socio-politiques actuels ?

Line MARIALE et Dalila MECHAHEB
Septembre 2019.

[1] Néologisme

 

 

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